Pasquinade


Samedi 4 février, les Romains ont découvert, placardées sur les murs, des affiches anonymes apostrophant directement le pape. « Tu as placé sous tutelle des congrégations, évincé des prêtres, décapité l’Ordre de Malte et les Franciscains de l’immaculée, ignoré les cardinaux… Mais où est ta miséricorde ? »

Les critiques contre le pape François ne sont pas nouvelles mais elles s’expriment désormais en dehors des couloirs pontificaux. La récente lettre, Dubia, de quelques Cardinaux conservateurs n’était donc qu’une étape en vue de freiner les différents chantiers du pape Argentin. La réforme de la Curie, l’encyclique Amoris Laeticia visant à une plus grande miséricorde dans la pastorale familiale ou la réorganisation des finances dérangent une partie des catholiques.

Le Pape François ne doit pas être très surpris, lui qui avait dénoncé les nombreux maux qui touchent la Curie Romaine : Alzheimer spirituelle, planification excessive, fonctionnarisme, pétrification mentale et spirituelle,…

Tout changement entraîne des résistances et les prédécesseurs au siège de Saint Pierre ont également dût affronter des nombreux ennemis de l’intérieur. Les Papes Jean XIII et Paul VI ont subi les critiques, d’une violence équivalente à celle d’aujourd’hui, de la part des catholiques qui avaient alors considéré que le Concile de Vatican II était une rupture, une trahison, avec la Tradition de l’Eglise. Cette défiance s’exprimera notamment par le schisme de Mgr Marcel Lefebvre. Si les raisons et les opposants ne sont pas les mêmes, le pape Jean-Paul II a également affronté deux grandes contradictions internes. D’une part les critiques visant sa théologie, jugée par beaucoup comme conservatrice et autoritaire. Mais également de la part de ses plus proches collaborateurs, qui ont sciemment étouffés scandales sexuels et financiers.

Enfin le pontificat de Benoît XVI fut marqué par les nombreuses critiques visant sa volonté de remise en cause du Concile Vatican II ainsi que le manque de collégialité de sa gouvernance. Le point d’orgue fut l’affaire Vatileaks, diffusion de documents internes révélant la corruption et les haines au sein du Vatican.

Faut-il donc s’inquiéter des manœuvres des ennemis du Pape ? Sans doute, mais pas plus qu’hier.

Dans son discours inaugural aux travaux du dernier concile, le pape Jean XIII avait indiqué qu’il n’était pas nécessaire de convoquer un concile si celui-ci n’avait que pour but « de répéter plus abondamment ce que les Pères et les théologiens anciens et modernes ont déjà dit. » L’Eglise devait donc exprimer avec Miséricorde le message du Christ afin que celui-ci trouve écho auprès de tous.

Cette tension est à vivre au quotidien, entre une Vérité qui fait de l’amour du prochain sa boussole et considère l’homme comme le point cardinal de toutes nos décisions et la nécessaire adaptation de notre message pour que celui-ci puisse accompagner l’humanité en marche.

Il n’y a donc pas un choix à faire entre identité et conversion. Car l’identité seule, c’est se raccrocher aux valeurs du passé, construire un socle de vérités imperméables, rassurant dans un monde en pleine mutation, mais à court fondamentaliste. Comme l’exprime si bien le Père Bruno Chenu « l’identité chrétienne est toujours un devenir chrétien. »[1]. L’identité chrétienne, sa vérité profonde, son ossature anthropologique et spirituelle, c’est d’être constamment dans un mouvement de conversion. Il ne s’agit pas comme le pensent pourtant les catholiques hostiles au pape François[2] d’essayer de s’adapter au monde, aux évolutions ou même aux modes. Il s’agit simplement d’être fidèle au Christ.

Cela n’empêche pas la critique et le dialogue ; la fréquence des synodes romains montre l’importance de l’échange pour le Pape François.

En revanche, faire l’amalgame entre Tradition et identité et n’avoir rien d’autre comme argument que la sédimentation des siècles passés, c’est confondre la montagne de Sisyphe et le Mont Golgotha. La première n’est que la répétition des lendemains, le second est l’acceptation d’une mort pour une vie nouvelle.

Notes

[1] Au service de la vérité, Bayard 2013 page 492

[2] Je précise car selon le sens du vent, les courants conservateurs peuvent être plus papiste que le pape lui-même…

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