Es-tu celui qui doit venir ?

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En ce temps-là, Jean le Baptiste entendit parler, dans sa prison, des œuvres réalisées par le Christ. Il lui envoya ses disciples et, par eux, lui demanda : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Jésus leur répondit : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! »
Évangile selon saint Matthieu, Chapitre 11, versets 2 à 6

Pour avoir contesté le pouvoir local, Jean-Baptiste est arraché à sa prédication, jeté en prison. En critiquant le monarque, en attirant les foules venant écouter ses prédications, il effraie le pouvoir qui voit en lui une menace. Enfermé, la parole qu’il adresse à Jésus grâce à ses disciples est tout à la fois profession de Foi et testament spirituel.

Elle se fait l’écho de celle d’un Peuple élu qui attend le prophète messianique, celui qui va enfin pouvoir accomplir la libération d’Israël : déjà celui-ci était venu voir Jean-Baptiste : « Ne serait-il pas le Messie ? »[1]. Jean sait qu’il n’est que la parole qui crie dans le désert, celle qui annonce la venue imminente du Christ.

Mais sa prison sera son tombeau, il sent déjà venir à lui la mort qui enserre les murs de sa cellule. Comment un homme tel que Jean-Baptiste peut-il continuer à vivre pleinement alors que toute son existence fut consacrée à la rencontre du Christ ? Pour un homme vivant la rigueur du désert, qu’importe finalement de devoir subir les rudes conditions d’une détention. Il a depuis longtemps accepté le destin que les hommes d’un pouvoir qui confond puissance et service réservent aux prophètes. Mais comment accepter de se voir priver d’une vie intérieure ?

Entre ses quatre murs, sa vie spirituelle est boiteuse et aveugle : car désormais il sait qu’il n’y a de foi en Dieu que dans l’homme. Sa question démontre qu’il a déjà converti toute sa vie à la rencontre du Christ en Jésus. Au contraire des prêtres, des docteurs et des pharisiens qui tout au long du ministère public de Jésus procéderont par escarmouches théologiques pour le faire chuter, l’interpellation de Jean-Baptiste est déjà profession de Foi : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »

Il sait que la Foi n’est pas adhésion à des principes, une morale ou un strict respect des règles liturgiques : elle est un cheminement dans les pas du Christ, chemin étroit qui nous guide vers nous même. « Je crois que c'est là la solution chrétienne. Je ne peux pas m'intéresser à Dieu sous un autre aspect parce que je ne peux pas m'intéresser à Dieu sans m'intéresser à l'homme, c'est la même chose. C'est parce qu’il y a une expérience humaine à faire, à vivre, à devenir, qui est notre seule chance d'échapper à un univers préfabriqué et absurde, c'est en raison de cette création humaine que la rencontre avec Dieu revêt un suprême intérêt.
Non pas un Dieu posé à priori, non pas un Dieu préfabriqué, non pas un Dieu de la tribu, non pas un Dieu qui est simplement la projection d'une biologie collective sans vouloir dire d'ailleurs du mal de toutes ces étapes que l'humanité a dû parcourir. C'est tout autre chose, précisément parce qu’il ne s'agit pas là d'une conclusion, d'un raisonnement déductif qu'une machine pourrait faire à notre place, il s'agit d'un engagement qui ne peut s'accomplir que par nous, qui nous situe dans un univers absolument nouveau, qui ne durera d'ailleurs qu'autant que durera notre adhésion à cette présence unique. »[2]

Par sa forme et par son fond, cette ultime parole du Baptiste balaie un malentendu encore trop fréquent dans nos vies aujourd’hui. Au terme de sa vie et pour la première fois dans l’Évangile, le prophète n’affirme rien, il pose une question. Il sait maintenant que Dieu n’est pas une toute puissance qui va libérer Israël par la force. L’expression de sa Foi est l’interrogation, la recherche, le cheminement. Vous pouvez chercher, lire et relire l’Évangile, en français, grec ou latin : Jésus ne répond jamais directement à nos questions. Ce serait trahir notre liberté que de dresser une frontière en nous. Il nous invite au déplacement, nous indique qu’un chemin est toujours possible. A nous de descendre en nous-même et de choisir quelle sera notre réponse. Librement et à la seule lumière de la Foi pour éclairer notre conscience.

Par le questionnement qu’il porte, il remise le fantasme de la pureté et du sacré religieux. La foi n’est pas un concept ou une théorie, elle ne protège pas du malheur ou de l’affliction, bien au contraire. Elle se dérobe à toute propriété ou prévision. Parce que justement elle n’a pas d’autre lieu d’expression que l’homme, avec ses succès et ses échecs, ses grandeurs et ses trahisons. Le compagnonnage de Jésus en sera l’illustration, entre reniements et perte de la Foi.

Reste alors pour nous à prendre le chemin, en identifiant au préalable ce qui nous maintient captif dans nos prisons, avant de pouvoir rejoindre le Christ sur les chemins de Galilée.

Notes

[1] Évangile selon saint Luc, Chapitre 3, verset 15

[2] Maurice Zundel, Conférence prononcée à Paris en 1966- L'homme existe-t-il ?, Non édité

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