vendredi 2 décembre 2016

Cantique de l'infinistère

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C’est une merveilleuse promenade sur un chemin qui serpente au plus près de notre âme. De son périple dans le massif sauvage et désertique du Cézallier en Auvergne, le Père François Cassingena-Trévedy en a tiré un livre exaltant, Cantique de l'Infinistère, riche d’une immense profondeur humaine et spirituelle.

Pour ceux qui n’ont encore jamais eu la joie de lire le moine de l’abbaye de Ligugé, ici la langue est d’une richesse inouïe, dans un style qui assez naturellement m’évoque la langue d’une Marguerite Duras dans les Mémoires d’Hadrien. Pourtant il s’agit sans doute du livre le plus facile d’accès d’un auteur qui ne cherche pas se cacher derrière la barrière d’une culture mais qui en utilise toutes les variations et les symphoniques.[1]

Sur cette courte semaine de liberté en dehors de sa clôture, il dessine et raconte cette terre d’Auvergne, cette Vierge noire, rugueuse et sauvage, indépendante et minérale. Les vents du mois d’octobre ont fini de dénuder les vallées, laissant alors poindre les premiers frimas. Tout est ici prétexte et sujet d’une méditation, qu’il s’agisse d’une carte IGN ou de la dénomination d’un cours d’eau, tout cela étant généreusement accompagné par les nombreuses références culturelles, géologiques et historiques de l’auteur. Ainsi au détour d’un chemin, d’une croix ou d’un ruisseau émerge soudain une réflexion qui va prendre pour base un discours synodal du XIXème siècle, va nous emmener jusqu’à une déclinaison latine pouvant donner son nom à une roche, avant de rebondir dans un dernier sursaut dans une méditation sur le rythme de la marche. Car celui-ci accompagne naturellement les déambulations de la pensée : « L’homme s’est doté de moyens de transport adventices qui flattent jusqu’au vertige sa prétention d’annuler la distance et qui ruent le temps sans remords. La marche, portative et incorporée à lui, n’en demeure pas moins – et demeurera toujours – le véritable moyen dont il dispose pour prendre la mesure du monde et de lui-même. Car, « mesure de toutes choses », selon que le définissait Protagoras, l’homme est aussi, en définitive, la seule unité de mesure du monde. »

Ici la vie est pleine et entière, tant dans les rencontres des habitants que la contemplation des lieux : l’auteur embrasse d’un seul regard les courbes d’un chemin, le refuge dont il va être le dernier occupant, le repas du soir ou la naissance d’un veau. Il n’y a pas de détail, rien d’insignifiant ou de négligeable car François Cassingena-Trévedy a un appétit de vivre insatiable et la plume qui permet d’en dresser un tableau chamarré.

Et même lorsqu’il s’agit de croquer le glissement de la randonnée vers le trail, la poésie et la spiritualité restent présentes : Je vis dans l’instantanéité successive et sans cesse improvisée du corps à corps avec l’échine de la terre. Je n’ai plus de pensée qui ne soit au passage, plus d’autre credo que le réel immédiatement multiplié par le prisme de ma foncière poésie, car, par constitution et, s’il se peut dire, de naissance, je suis poétiquement au monde. Les randonneurs d’aujourd’hui, très généralement munis de bâtons nordiques sans nœuds, sans clous, sans sève, sans âme qui vive, sont des techniciens, des sportifs, des professionnels (comme tout le monde se targue de l’être en nos temps, même pour des riens), des « hommes sérieux », tels que le Petit Prince les abhorre et les moque en les affublant du sobriquet de « champignons ». Ils causent à l’envi, sur les blogs et les forums, du poids méticuleux de leur sac, de leurs rations de calories, de leur élimination urinaire, des péripéties de leur digestion, de la sophistication de leur nourriture et de leur boisson (ces malheureux n’ont certainement pas bu l’eau au torrent pour relever la tête… De torrente in via bibet…). On les entend pérorer de tout cela lorsqu’il arrive qu’on les croise, si tant est qu’ils vous saluent. Ces forcenés, ces cyclopes (ils n’ont apparemment qu’un œil au front, et fort petit), ne voient que leur performance, sans distraction, sans considérations pour les grandeurs qui les toisent ni les simples ¬– plantes ou humains – qui se pourraient si heureusement rencontrer. D’autres encore prennent avec leur portable une pléthore de photos hâtives : sans doute y a-t-il plus d’ascèse et de sagesse à tout conserver en mémoire et à réaliser en soi-même une espèce de photosynthèse, en demeurant dans l’éblouissement des paysages que l’on a contemplés.

Un livre remarquable de la première à la dernière page dans lequel le lecteur ne reste jamais passif ou simple spectateur.

Note

[1] Ahhhhh…. S’il fallait faire un choix, je dirais dans l’ordre chronologique de l’accessibilité : Pélagiques, Sermons aux oiseaux, Etincelles (4 volumes).

vendredi 25 novembre 2016

L’un sera pris, l’autre laissé

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En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme. En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; les gens ne se sont  […]

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mardi 22 novembre 2016

Jésus, voici l'homme

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Derrière le Dieu, qui était l’homme ? La lumière du Christ laisse souvent dans l’ombre Jésus ; pourtant celui-ci a eu son existence proprement et simplement humaine, celle d’un enfant, puis d’un homme qui a vécu avec ses compagnons une vie d’itinérance. Le jésuite Bernard Sesboüé propose avec son  […]

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mercredi 16 novembre 2016

Dubia

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Quatre Cardinaux, dont l’américain Raymond Burke, connu pour son opposition aux évolutions pastorales sur la famille souhaitées par le Pape François, ont rendu publique une lettre adressée au pape, intitulée Dubia[1], énumérant leurs doutes sur l’exhortation Amoris Laetitia publiée après le Synode  […]

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vendredi 4 novembre 2016

Histoire d'un silence

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« Le souci légitime de l’organisation peut subrepticement prendre le pas sur l’attention aux personnes. C’est une pente naturelle. Diocèse, paroisses, mouvements et sanctuaires doivent être bien administrés, certes, mais toute cellule d’Eglise doit d’abord être familiale et fraternelle. ». Lorsque  […]

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samedi 22 octobre 2016

Le politique précède la politique

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Que les Évêques de France interviennent dans l’actuel débat politique n’a rien de très surprenant. En octobre 2006 avec le texte « Qu’as-tu fait de ton frère ? » et en 2011 autour de la question « Un vote pour quelle société ? », le conseil permanent de la Conférence des Évêques avait déjà souhaité  […]

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jeudi 13 octobre 2016

Synode(s)

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Le fait est facilement observable : en France les synodes et démarches synodales, dites parasynodales[1], connaissent un véritable renouveau. Il suffit de dénombrer les démarches actuellement en cours pour s’en convaincre : Autun, Bordeaux, Poitiers, Saint-Brieuc, Créteil, Rodez, Nîmes, Évreux et  […]

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